Disparaître pour mieux recommencer

Disparaître pour mieux recommencer

Publié par Maëva le

Si vous suivez Douce. depuis un moment, vous avez sûrement remarqué le silence. Deux mois sans poster, un site fermé, et bien avant ça, plusieurs mois où j'avais déjà un peu décroché.

Je n'étais pas loin des réseaux. J'étais loin de Douce., et d'une certaine version du bien-être. De l'extérieur, ça ressemblait à une pause. De l'intérieur, c'était un vrai travail de fond : sur les réseaux et ce qu'on attendait de moi, sur l'être et le paraître, sur mon rapport au corps, à la performance et à la communauté.

Aujourd'hui, Douce. est de retour et le site rouvre. Et avant de reprendre comme si de rien n'était, j'avais envie de vous raconter ce qui s'est passé.

Une grosse année, portée seule

Avec le recul, c'était une année énorme. Je me suis formée au Kobido et au drainage lymphatique brésilien. J'ai été lauréate du Pinterest Inclusion Fund, puis des Premières Île-de-France. J'ai suivi HEC Stand Up. Je suis partie en Guadeloupe. Il y a eu la première Douce. Session.

Que des belles choses, dont je suis fière. Mais derrière tout ça, il y avait une seule personne pour tout porter. Moi. Non-stop.

 

Un regard qui n'était pas le mien

En parallèle, il y a eu les levées de fonds. Et c'est là que j'ai commencé à me sentir à l'étroit dans mon propre projet.

On regardait Douce. à travers un prisme blanc et hégémonique. On voulait que j'en fasse une marque « pour les métisses », ce qui n'a aucun sens pour moi. Douce. est pensée à partir de la pharmacopée afro-caribéenne, pour toutes les peaux. Et quand je pensais être au summum de la diversité en matière de représentation, on me répondait que mon projet était trop noir.

Il y a eu les pitchs, aussi. Ceux où l'on m'expliquait, plus ou moins poliment, que l'adjectif « douce » n'avait rien à voir avec moi, ni avec ce que je représente.

Je vous laisse imaginer ce que ça fait. À force, on finit par se demander pour qui on construit. Et qui, dans l'imaginaire collectif, a le droit d'incarner la douceur.

Et puis, il y a eu la vie

Je porte un foyer woman-led. Et je peux le dire aujourd'hui : Douce. n'a jamais suffi à faire vivre toute une famille.

Dans une conjoncture où tout devient plus incertain, j'avais besoin de stabilité. Alors il y a eu les entretiens, puis le choix de reprendre un travail. Un choix que je ne vis pas comme un renoncement : j'y trouve une vraie satisfaction, et ça m'a aussi appris des choses sur moi.

En même temps, j'ai vu des projets que j'admirais s'arrêter. Des personnes talentueuses, des idées fortes, qui n'ont pas tenu. Je n'ai pas réussi à refaire les Douce. Conversations après la première édition au Centre Pompidou. Ça reste une de mes plus grosses déceptions. Le soutien manquait, et j'ai vu certaines idées reprises par des géants, avec des moyens que je n'aurai jamais.

Les réseaux, cette vitrine

Les réseaux sont un outil puissant. Ils m'ont permis de lancer Douce., de rencontrer des gens incroyables, de faire exister un projet qui n'avait pas les codes. Mais ils sont puissants surtout pour ceux qui ont les moyens d'y être puissants.

Quand on porte un projet seule, on devient vite impuissante face à eux. Noyée dans le flot, les stats, les tendances, l'algorithme qui change. Et le plus dur, c'est quand cette vitrine finit par décider de ce qui te permet de vivre, ou non. Un post qui ne marche pas, ce n'est plus juste un post : c'est des ventes en moins, de la visibilité en moins, une preuve en moins à montrer aux gens qui doivent croire en ton projet.

Alors je continuais à poster, mais par nécessité, plus par plaisir. Pour être vue, pour vendre, pour prouver que le projet tenait. Et c'est exactement ce que je voulais éviter. Ce n'est pas la philosophie de Douce. : une marque qui parle de douceur, de soin, de prendre le temps, ne peut pas se construire sur la course à l'attention. Ce n'est pas ce que je veux transmettre.

Je n'avais plus envie de performer en ligne. J'étais fatiguée de tout ce qui sonne creux, des contenus pensés pour plaire plutôt que pour dire quelque chose. J'avais besoin d'aller plus loin que la façade.

Savoir être, plutôt que paraître

Sur les réseaux, on performe pour paraître. Pour être vue, aimée, validée. Pour vendre. Une performance qui dépend entièrement du regard des autres, et qui finit forcément par sonner creux.

Dans le sport, j'ai trouvé l'inverse. Une performance par moi, pour moi. Personne à convaincre, rien à vendre. Je ne performe pas pour plaire, je performe pour mieux fonctionner : avoir de l'énergie, tenir mes journées, me sentir solide dans mon quotidien.

J'ai accepté de ne pas savoir. De repartir de zéro, sans que ce soit un échec. Et mon rapport au corps a changé. Ce n'est plus une image à montrer, c'est ce qui me fait tenir.

Revenir à moi, par le corps

Avec le recul, je me rends compte que je me suis plus investie dans mon corps, et dans la communauté que j'ai trouvée chez Invisible Pain Sports Club, que dans mon propre projet, sur lequel je bossais seule, sans m'arrêter.

Pas parce que Douce. comptait moins. Parce que j'avais besoin d'une autre dimension du bien-être. Pas celle qu'on montre : celle qu'on vit. Le running club le dimanche, le bootcamp le mercredi. Show up chaque semaine, même quand c'est dur. Surtout quand c'est dur.

Une communauté qui tire vers le haut

J'ai appris le sens de la communauté, la notion d'équipe. Moi qui avais l'habitude de tout porter seule, j'ai découvert ce que ça fait d'avancer avec d'autres.

Chez IPSC, on se challenge positivement. Personne n'est là pour être meilleur que les autres : quand quelqu'un avance, ça pousse tout le monde. On progresse les uns avec les autres, et les uns grâce aux autres. C'est un cercle vertueux, l'exact inverse de la comparaison permanente des réseaux. Et je ne l'avais jamais vécu comme ça.

J'ai connecté. Avec des gens, avec un rythme, avec moi.

J'y ai aussi découvert une chose qui m'a beaucoup touchée : une dimension supplémentaire du soin et de la pleine conscience, chez des personnes pour qui c'est nécessaire et important, bien au-delà du monde du bien-être. Des gens qui ne parlent pas forcément de wellness, mais qui le pratiquent. Ça m'a rappelé pourquoi j'ai créé Douce.

Performer pour moi, et sur moi

Me dépasser, m'écouter, me développer. Choisir où et dans quoi je repousse mes limites, et surtout ce que ça m'apporte. La performance n'a plus de spectateurs : elle a un sens.

J'ai pris un rythme. Et la discipline, que je voyais comme une contrainte, m'a donné plus de liberté.

La force est devenue un choix. Pouvoir courir si j'en ai envie. Porter deux cabas de courses si j'en ai besoin. Rien de spectaculaire. Et pourtant, c'est tout.

Prendre de la place

Il y a une dernière chose que la course m'a apprise, et elle rejoint tout ce que je vous ai raconté plus haut.

Quand on te dit que ton projet est trop noir, que la douceur ne te ressemble pas, on te demande en creux de te faire plus petite, de rentrer dans la case qu'on a prévue pour toi. Courir en groupe dans la ville, c'est l'inverse. C'est reprendre et s'approprier l'espace public. Être là, ensemble, bien vivants, et ne pas s'excuser d'y être.

Je ne m'attendais pas à ce que ça me fasse autant de bien. Et je crois que c'est aussi ça, le bien-être que je veux défendre avec Douce. : un bien-être qui ne demande pas la permission.

C'était ça, le travail de fond

Revenir à moi. Construire autre chose, développer de nouvelles compétences, regarder mon projet avec un nouveau prisme. Aller plus loin que la façade.

Douce. revient avec tout ça, et le site rouvre ses portes. Pas pour performer, mais parce que j'en ai de nouveau envie. Et c'est la seule façon dont je veux continuer.

Si vous avez envie de venir courir ou vous entraîner avec nous, Invisible Pain Sports Club se retrouve le dimanche à 9h au Flâneur Coffee Club (21 rue Étienne Marcel, Paris 1er) pour le running club, 6 km puis un café, et le mercredi à 9h à la Slowe Wellness House (30 rue d'Enghien, Paris 10e) pour le bootcamp. Tous niveaux, c'est mixte, et vous serez bien accueillis.

Merci à celles et ceux qui sont restés pendant le silence. Et merci à Invisible Pain Sports Club d'avoir été, sans le savoir, une partie de ce retour.

Avec douceur,
Maëva

Photos de Bastien Delag

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